1998: Michael Crowe, 14 ans, finit par avouer un meurtre qu’il n’a pas commis (vidéo)

Le 22 janvier 1998, Michael Crowe avoue le meurtre de sa jeune sœur Stéphanie, assassinée dans la nuit. Michael, qui a 14 ans à l’époque des faits, avait été suspecté par la police de son meurtre car il semblait, d’après les propos rapportés par les policiers, “lointain et préoccupé” après la découverte du corps de sa sœur.

Seul problème: Michael Crowe n’a pas tué sa sœur, et ses confessions à la police étaient fausses et obtenues sous la pression de ses interrogateurs.

Les dangers de la méthode d’interrogation “REID” dans la détection du mensonge

Après deux jours d’un interrogatoire intense, Michael admet avoir tué sa sœur Stéphanie. La confession a été filmée par la police, et on peut en voir des extraits dans la vidéo ci-dessus.

Ces techniques, utilisées pour détecter le mensonge et obtenir des confessions de la part des suspects, sont plus connues chez les professionnels sous le nom de “techniques Reid”, du nom de leur créateur John E. Reid. Ces techniques sont d’une redoutable efficacité pour obtenir des confessions de la part des personnes suspectées d’un crime…qu’elles en soient coupables ou non.

Comme on peut le voir dans cette vidéo, quelques étapes clés d’un interrogatoire Reid consistent à tenter:

1) La confrontation directe : conduire le suspect à penser que des preuves ont conduit la police à suspecter l’individu en question du crime

2) Dans un second temps, essayer de faire porter à une autre personne la responsabilité du crime ou fournir au suspect des circonstances atténuantes expliquant les raisons qui l’ont poussé à commettre le crime. Autrement dit, il s’agit de fournir au suspect des justifications permettant d’excuser son crime et de le pousser à se confesser
La stratégie employée par l’interrogateur a ainsi ici consisté à convaincre Michael qu’il y avait “un bon et un mauvais Michael”, et que c’est le “mauvais Michael” qui avait commis le meurtre de sa sœur.

3) Offrir deux alternatives au suspect , l’une plus socialement acceptable que l’autre. Le suspect est supposé choisir l’option la plus acceptable socialement, mais quel que soit le choix du suspect, la culpabilité est admise.
Ici, les interrogateurs disent à Michael que s’il n’avoue pas les faits, il ira dans une prison pour adultes. S’il avoue en revanche, il aura de l’aide et ne sera pas puni (ce qui est faux)

Comme l’illustre l’affaire Michael Crowe, les suspects, pour faire cesser la pression psychologique exercée par les interrogateurs, finissent par avouer avoir commis le crime dont ils sont accusés. C’est ainsi qu’on l’entend par exemple déclarer:
- “je ne me rappelle pas ce que j’ai fait. J’ai essayé de vous le dire…vous vous dites que je l’ai fait”
- “je ne dis ceci que parce que c’est ce que vous voulez entendre”

C’est ainsi qu’à bout de nerfs et d’épuisement, Michael Crowe finit par avouer le meurtre de sa sœur, et va même jusqu’à raconter (inventer serait plus correct) la manière dont il avait procédé pour commettre ce crime.

Dénouement de l’affaire Crowe

Les aveux, filmés, de Michael Crowe ont finalement été jugés irrecevables car contraints et obtenus sous la contrainte par le juge en charge de l’affaire.

Plus tard, les accusations portées contre Michael Crowe ont été abandonnées après que des tests ADN l’eurent définitivement innocenté et permirent de découvrir le véritable meurtrier de la jeune Stéphanie : Richard Tuite, un voisin de la famille Crowe souffrant de schizophrénie.

Détection du mensonge: quel type d’interrogatoire adopter ?

Bien que les techniques Reid aient été enseignées à plus 100 000 policiers et interrogateurs dans le monde, et qu’elles aient largement été popularisées dans les séries télévisées, ces méthodes sont largement décriées par la communauté scientifique.

A contrario, les recherches en détection du mensonge ont montré qu’on obtenait de meilleurs résultats en adoptant un style d’interrogatoire:
- neutre, voire positif (légers sourires et hochements de tête incitant la personne interrogée à parler)
- non suggestif (en préférant les questions du type “où étiez-vous hier à 20h30 ?” à “vous étiez bien à la salle de gym hier soir, n’est-ce pas ?”)
- non coercitif (sans exercer de pression sur la personne interrogée)

Et vous, quel type d’interrogatoire vous semble le plus efficace pour détecter le mensonge ?

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