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APTOPIX Supreme Court Kavanaugh
Auteur: Othello (admin)
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Jeudi 27 septembre 2018, lors d’une audition de plus de 8 heures suivie par des millions d’Américains, le juge Bett Kavanaugh, candidat du président Trump sur le point d’être nommé à la Cour suprême, a catégoriquement nié des accusations d’agressions sexuelles qui seraient survenues quelques 40 ans plus tôt. Face à lui, son accusatrice, Dr Christine Blasey Ford a livré un témoignage détaillé de l’événement impliquant le juge Kavanaugh et son ami Mark Judge, alors qu’ils étaient tous lycéens. Parole contre parole, que penser de la crédibilité de ces témoignages à quelques jours d’un rapport d’enquête du FBI finalement demandé par Donald Trump face à l’insistante des Sénateurs démocrates lors de l’audition ? Notre analyse des témoignages avec les outils d’évaluation de la crédibilité issus de la recherche en psychologie du mensonge.

Cela ne devait être qu’une formalité pour lui. Bett Kavanaugh, magistrat au sein de l’administration de George W. Bush de 2001 à 2005, pensait avoir fait le plus dur lors de son audition “d’embauche” par des Sénateurs républicains et démocrates au début du mois de septembre, pour un siège vacant de juge à la Cour Suprême des Etats-Unis.

Pour le candidat soutenu par Donald Trump, l’irruption de Christine Blasey Ford, une universitaire reconnue de deux ans sa cadette, a tout bouleversé. Celle-ci l’accuse en effet de l’avoir agressée sexuellement lors de l’été 1982, en présence de son ami d’alors Mark Judge, au cours d’une soirée qui aurait été particulièrement arrosée pour les deux agresseurs présumés.

Comme elle le raconte au Washington Post, la perspective de la nomination de Brett Kavanaugh au sein de l’une des plus hautes institutions du pays, l’a poussée tout d’abord à s’en ouvrir auprès de la représentante démocrate de sa circonscription de Californie. Puis, par courrier transmis au début de cet été, à Dianne Feinstein, sénatrice de son Etat. Elle avait prié l’élue de ne pas révéler son identité.

Des fuites parues dans la presse ont ensuite, assure Christine Blasey Ford, rendu inéluctables ce qu’elle souhaitait éviter : la révélation de son nom et l’exposition de sa famille. Le tout, dans un contexte de politisation extrême de l’affaire, les Républicains accusant les Démocrates de ne pas avoir révélé la prétendue affaire plus tôt et les soupçonnant de vouloir secrètement conserver le siège vacant à la Cour Suprême, stratégique, jusqu’aux prochaines élections.

Un récit d’agression contenant de nombreux indicateurs de vérité

Dans sa déclaration liminaire, Dr Ford livre un récit détaillé de l’agression présumée. Ce genre de récit d’un événement dont on cherche à évaluer s’il s’agit d’un souvenir réel ou d’une fabrication, se prête bien à une analyse avec l’outil du “CBCA” (Criteria Based Content Analysis), utilisé en recherche en psychologie depuis plus de 40 ans.

Il s’agit d’une liste de 19 critères verbaux, davantage présents dans les récits d’événements réellement vécus. Ces critères ont été développés dans les années 1960 par des psychologues allemands pour aider les juges à évaluer la crédibilité de récits dans des procès en situation de parole contre parole. Les recherches en psychologie du mensonge ont montré que ces critères permettaient de discriminer de manière fiable les récits véritablement vécus vs. inventés, à des taux de l’ordre de 75% en moyenne. Ainsi, plus ces critères sont présents dans un récit, plus celui-ci peut être jugé crédible.

Dans la déclaration du Dr Ford, quels sont donc les critères CBCA présents ?

1. Reconnaissance spontanée de trous de mémoire

“I truly wish I could be more helpful with more detailed answers to all of the questions that have and will be asked about how I got to the party and where it took place and so forth. I don’t have all the answers, and I don’t remember as much as I would like to”.

2. Mention de détails spatiaux

“When I got to the small gathering, people were drinking beer in a small living room/family room-type area on the first floor of the house. I drank one beer”.

“Early in the evening, I went up a very narrow set of stairs leading from the living room to a second floor to use the restroom. When I got to the top of the stairs, I was pushed from behind into a bedroom across from the bathroom. I couldn’t see who pushed me. Brett and Mark came into the bedroom and locked the door behind them”.

“Directly across from the bedroom was a small bathroom. I ran inside the bathroom and locked the door”.

3. Attribution de l’état mental de l’agresseur présumé

“Brett and Mark were visibly drunk”.

“Mark seemed ambivalent, at times urging Brett on and at times telling him to stop”.

4. Détails superflus

“There was music playing in the bedroom. It was turned up louder by either Brett or Mark once we were in the room”.

5. Description d’interactions entre les protagonistes

“I was pushed onto the bed, and Brett got on top of me. He began running his hands over my body and grinding into me”.

“Brett groped me and tried to take off my clothes”.

“I tried to yell for help. When I did, Brett put his hand over my mouth to stop me from yelling”.

“A couple of times, I made eye contact with Mark and thought he might try to help me, but he did not”.

6. Mention d’état mentaux subjectifs de la victime présumée

“I yelled, hoping that someone downstairs might hear me”.

“I believed he was going to rape me”.

“This is what terrified me the most, and has had the most lasting impact on my life. It was hard for me to breathe, and I thought that Brett was accidentally going to kill me”.

“I remember being on the street and feeling this enormous sense of relief that I had escaped that house and that Brett and Mark were not coming outside after me”.

7. Complications inattendues lors de l’incident

“Brett groped me and tried to take off my clothes. He had a hard time, because he was very inebriated, and because I was wearing a one-piece bathing suit underneath my clothing”.

“During this assault, Mark came over and jumped on the bed twice while Brett was on top of me. And the last time that he did this, we toppled over and Brett was no longer on top of me. I was able to get up and run out of the room”.

8. Détails inhabituels

“Both Brett and Mark were drunkenly laughing during the attack”.

Le récit de l’agression par le Dr Ford, qui avait par ailleurs accepté avant l’audition de se soumettre à un test au polygraphe qui l’avait jugé sincère (bien que celui-ci ne soit pas à considérer comme fiable), contient donc de nombreux critères CBCA et doit donc être considéré comme crédible.

Des dénégations fortes, mais une réticence à accepter une enquête du FBI

Plutôt que de nier le fait que Christine Blasey Ford ait jamais été agressée, le camp Républicain ainsi que Bett Kavanaugh lui-même avaient en amont de l’audition émis l’hypothèse que le Dr Ford avait peut-être bien été agressée lors de son adolescence, mais pas par Bett Kavanaugh. Ce que l’accusatrice a formellement exclus lors de son audition :

FEINSTEIN: [you said] it was Brett Kavanaugh that covered your mouth to prevent you from screaming, and then you escaped. How are you so sure that it was he?

FORD: The same way that I’m sure that I’m talking to you right now. It’s — just basic memory functions. And also just the level of norepinephrine and epinephrine in the brain that, sort of, as you know, encodes — that neurotransmitter encodes memories into the hippocampus. And so, the trauma-related experience, then, is kind of locked there, whereas other details kind of drift.

FEINSTEIN: So what you are telling us is this could not be a case of mistaken identity?

FORD: Absolutely not.

Quelle a été dès lors la ligne de défense du juge lors de son audition ?

1. Des dénégations formelles, en tout temps, en tout lieu, et de toute nature

A plusieurs reprises, le juge a démenti de la manière la plus formelle les accusations proférées par son accusatrice. Dans sa déclaration liminaire, il déclare par exemple :

“Again, I am not questioning that Dr. Ford may have been sexually assaulted by some person in some place at some time. But I have never done that to her or to anyone.”

Ou encore, en toute fin d’audition face au Sénateur Kennedy qui l’interpelle “devant Dieu” :

KENNEDY: I’m going to give you a last opportunity, right here, right in front of God and country. I want you to look me in the eye. Are Dr. Ford’s allegations true?

KAVANAUGH: They are not as to me. I have not questioned that she might have been sexually assaulted at some point in her life by someone, someplace. But as to me, I’ve never done this; never done this to her or to anyone else.

And I’ve talked to you about what I was doing that summer of 1982. But I’m telling you I’ve never done this to anyone, including her.

[...] KENNEDY: None of these allegations are true?

KAVANAUGH: Correct.

KENNEDY: No doubt in your mind?

KAVANAUGH: Zero, I’m 100 percent certain.

KENNEDY: Not even a scintilla?

KAVANAUGH: Not a scintilla; 100 percent certain, senator.

KENNEDY: You swear to God?

KAVANAUGH: I swear to God.

2. Réfutation des faits par les témoins mentionnés par l’accusatrice

Plusieurs fois également, le juge rappelle aux Sénateurs que tous les témoins cités par le Dr Ford comme présent le jour de l’événement ont nié se rappeler de tels événements. Y compris, Mark Judge, le complice présumé de Kavanaugh (ce qu’il a nié par deux fois), et surtout l’amie de longue date du Dr Ford, Leland Keyser.

“All four people allegedly at the event, including Dr. Ford’s longtime friend, Ms. Keyser, have said they recall no such event. Her longtime friend, Ms. Keyser, said under penalty of felony that she does not know me, and does not believe she ever saw me at a party, ever.”

Que penser dès lors de la crédibilité des protagonistes dans ce parole contre parole ?

Tout d’abord, il est à noter que si les dénégations de Bett Kavanaugh sont formelles et sans ambiguïté, sa ligne de défense sur la réfutation des faits par les témoins supposés de l’événement l’est moins. En effet, l’analyse détaillée des déclarations des dits témoins montrent ceux-ci affirment ne pas “se souvenir” de tels événements, non pas qu’ils n’aient pas eu lieu. En particulier, l’amie d’enfance de Dr Ford, Leland Keyser, a plus tard précisé que bien qu’elle n’ait pas souvenir d’un tel événement, elle croyait la version des faits de son amie Christine Blasey Ford. Pour rappel, le Dr Ford avait par ailleurs affirmé lors de son audition n’avoir parlé à personne de l’incident avant plusieurs années, notamment des détails spécifiques de l’agression, avant une session de thérapie de couple en 2012 (dont les registres ont par ailleurs pu être retrouvés).

Plus important encore, Bett Kavanaugh a résisté pendant toute l’audition aux demandes pressantes des Sénateurs démocrates lui demandant de solliciter une enquête du FBI, seul moyen d’auditionner directement le témoin clé Mark Judge. Comme le montre la séquence ci-dessus avec le Sénateur Durbin, le juge a préféré affirmer encore et encore que les rapports du FBI étaient des investigations et non des conclusions, et qu’il fera “tout ce que le comité voudra”. Cette réticence répétée à soutenir directement une enquête du FBI révèle donc que le sujet semble particulièrement sensible pour le juge.

Sensible parce qu’il pourrait l’impliquer directement, ou l’un de ses proches ? Ou bien parce qu’il pourrait révéler une consommation parfois excessive d’alcool dans sa jeunesse n’excluant pas la possibilité de “trous de mémoire” de sa part, comme l’ont soutenu certains Démocrates ?

Peut-être l’enquête du FBI finalement concédée par le président Trump suite à l’audition (mais limitée à une semaine et à quelques témoins clés) apportera-t-elle de nouveaux éléments, à charge ou à décharge, dans cette affaire qui divise profondément l’Amérique depuis plusieurs semaines maintenant.

Crédit photo : Ninian Reid. APTOPIX Supreme Court Kavanaugh. 27 September 2018. Online image. Flikr. https://www.flickr.com/photos/ninian_reid/44059343665/in/photolist-MKnTbz-2aqqtDd-28qKNwh-2buPyp4-2bvXDkK-2a8nDSi-MzxBmt

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Auteur: Othello (admin)
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“J’ai peur de la rumeur, [...] pas de la vérité”. Ce jeudi 8 février 2018, Nicolas Hulot a choisi de s’exprimer à la télévision pour désamorcer en amont des accusations d’agressions sexuelles le concernant à paraître le lendemain dans la presse. Que penser de la communication de crise et de la crédibilité du ministre lors de cette interview sous haute tension ?

En tant que spécialiste menant des recherches sur l’évaluation de crédibilité, il est particulièrement délicat de s’exprimer sur des crises en cours comme celle visant le ministre de la transition écologique et solidaire, et ancien animateur TV, Nicolas Hulot. D’un point de vue éthique tout d’abord, puisqu’il ne s’agit en aucun cas de se substituer à la justice ou de remettre en cause la présomption d’innocence au profit d’un tribunal médiatique, quand bien même cela concernerait un personnage public comme Nicolas Hulot. Pour des raisons “techniques” ensuite, puisque les recherches scientifiques sur l’évaluation de crédibilité reportent en moyenne des taux de bonne évaluation de l’ordre de 75%, loin donc de représenter des méthodes infaillibles.

Par-delà une potentielle “affaire Hulot”, cet article s’attache donc à repenser la manière dont communicants d’une part et journalistes de l’autre peuvent faire évoluer leurs pratiques dans de tels contextes de communication de crise.

Le contexte : deux accusations d’agressions sexuelles selon le journal l’Ebdo

A quelles accusations au juste Nicolas Hulot a-t-il donc voulu répondre au micro de Jean-Jacques Bourdin, journaliste sans doute le plus reconnu actuellement pour son franc-parler et ses questions sans détour ? Rapide rappel du contexte de l’interview du ministre :

  • - L’Ebdo, un nouveau journal papier, avait prévu de consacrer son 5e numéro à paraître le vendredi 9 février à ce qu’il titre “L’affaire Nicolas Hulot”
  • - La veille de cette parution dont le ministre a eu vent, il décide de s’exprimer sur BFMTV pour répondre en amont à deux accusations d’agressions sexuelles portées par l’Ebdo à son encontre
  • - La première affaire concernerait des accusations de harcèlement envers une ancienne collaboratrice de la fondation Hulot. Ces accusations ont à la fois été niées par le ministre et l’ancienne collaboratrice en question
  • - La seconde porte sur une accusation de viol par Pascale Mitterrand (petite-fille de François Mitterrand) ayant donné lieu à un dépôt de plainte en 2008 concernant des faits remontant à 1997, alors qu’elle était âgée de 20 ans
  • - Suite à l’interview du 8 février de Nicolas Hulot, l’avocat de Pascale Mitterrand a fait savoir que sa cliente avait délibérément attendu le délai de prescription de 10 ans pour déposer plainte, car elle ne voulait pas médiatiser l’affaire mais faire notifier à Nicolas Hulot que son accusation avait fait l’objet d’une trace et d’un dépôt formel

L’interview de Nicolas Hulot a-t-elle adressé le cœur des accusations ?

Lorsque nous formons des professionnels à l’évaluation de crédibilité, la première étape de notre méthode SuSQAV en 5 étapes consiste à définir précisément la suspicion qui plane sur la personne reçue en entretien, afin de pouvoir lui adresser des questions portant précisément sur ces suspicions (et les lever).

Dans le contexte des accusations portées contre Nicolas Hulot, sur quoi donc portent précisément les suspicions à l’encontre du ministre ?

Nous nous intéresserons ici uniquement aux accusations de Pascale Mitterrand, puisqu’elles seules ont donné lieu à un dépôt de plainte, comme le confirmera par communiqué de presse le procureur de la République de Saint-Malo le jour de l’interview donnée sur BFMTV par Nicolas Hulot.

Comme l’indique ce communiqué, la suspicion précise semble donc ici porter non pas sur le fait qu’il y ait eu une relation sexuelle entre les deux protagonistes, mais sur le consentement de Pascale Mitterrand à cette relation.

Du point de vue des journalistes, c’est donc sur cette suspicion précisément identifiée que les questions doivent in fine porter. Du point de vue des communicants de crise ayant préparé Nicolas Hulot, c’est également sur cette suspicion précise que doit porter idéalement la défense du ministre pour le laver au mieux de tout soupçon.

Or qu’est-il dit dans l’interview d’une vingtaine de minutes réalisée chez Jean-Jacques Bourdin ?

  • Bourdin : Est-il vrai qu’une jeune fille de 17 ans petite-fille d’un homme politique célèbre a déposé plainte contre vous ?
  • Hulot : Alors sur l’âge de la victime la réponse est non
  • Bourdin : Pas 17 ans ?
  • Hulot : Non
  • Bourdin : Majeure ?
  • Hulot : Absolument. Et la réponse est oui sur le fait que sur, une, des allégations des faits qui remontent à 1997, cette personne en 2008…voyez on parle de faits qui ont 21 ans et sur une plainte qui a été déposée en 2008, cette plainte a été classée sans suite, parce que non seulement l’affaire était prescrite mais ça ne suffit pas
  • Bourdin : Oui il y avait prescription
  • Hulot : Et j’allais dire peu importe qu’il y ait prescription, mais parce que l’enquête j’ai été auditionné par les gendarmes à ma demande, j’y suis allé tout seul
  • Bourdin : Vous avez été confronté à cette jeune femme ?
  • Hulot : Non j’ai pas été confronté j’ai été auditionné et les enquêteurs à l’époque très rapidement ont considéré que il y avait absolument rien qui permettait de poursuivre cette…
  • Bourdin : Donc l’affaire a été classée sans suite
  • Hulot : Elle a été classée sans suite et c’est pour ça que je suis aussi fumasse parce que voilà on parle de deux choses : une qui a pas de fondement, une qui est vraie c’est qui y a eu cette plainte, mais que il y a eu la justice est passée et pour moi quand la justice est passée il y en a un moment ou un autre il faut aussi en tenir compte, voilà [...].

 

Dans cette séquence, comme dans le reste de l’interview, on constate donc que Nicolas Hulot n’a à aucun moment eu l’occasion de s’exprimer et de répondre sur le fond des accusations et des suspicions qui planent sur lui, à savoir 1) y a-t-il seulement eu une relation entre lui et la plaignante en 1997 et 2) le cas échéant, cette relation était-elle selon lui mutuellement consentie – son argumentaire portant donc exclusivement sur l’issue de la plainte (un classement sans suite pour prescription) mais n’adressant pas spécifiquement le caractère consentant ou non d’une éventuelle relation.

Nicolas Hulot ne pouvait répondre sincèrement…qu’aux questions qui lui ont été posées

“J’ai 62 ans, il y a eu des relations de séduction, peut-être que ce qui nous a semblé anodin à une époque ben ne l’est plus aujourd’hui, que le ressenti des femmes s’exprime et que c’est très bien. Mais cernons bien les choses, ne confondons pas tout, attention aux amalgames”.

Par deux fois, Nicolas Hulot évoque spontanément des comportements qu’il aurait pu avoir par le passé, à une époque où ils étaient peut-être perçus comme anodins et qui pourraient ne plus l’être aujourd’hui. Qu’évoque exactement le ministre dans ces passages ? Faut-il y voir un lien avec la plainte dont il a fait l’objet, suggérant ainsi un filigrane qu’il était peut-être plus “lourd qu’agresseur”, pour paraphraser les mots de Yann Barthes interrogeant l’auteure de l’enquête de l’Ebdo ?

La question ne lui ayant pas été posée, Nicolas Hulot n’a pas eu l’occasion de s’étendre sur ce point pourtant crucial de l’accusation. A sa décharge donc, on peut dire que le ministre ne pouvait répondre sincèrement…qu’aux questions qui lui ont été posées.

Sans juger le fond de l’affaire donc, nous lançons une véritable invitation aux communicants et aux journalistes traitant de crises. Aux journalistes tout d’abord, en orientant dans de tels cas leurs questions sur le cœur même des suspicions. Aux communicants de crise ensuite, en les invitant à proposer à leurs clients d’adresser spécifiquement ces mêmes suspicions, par-delà même parfois les questions posées par leurs interlocuteurs.

Et donner ainsi aux innocents les meilleures chances de laver leur honneur.

Conférence Camille Srour - TED - mensonge
Auteur: Othello (admin)
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Comment s’y prend-on pour mentir ? Et surtout, comment mieux détecter le mensonge ?

Pour tout savoir sur le mensonge, visionnez la conférence “le Vrai du Faux” de Camille Srour, directeur d’Othello, lors du TEDx IESEG Lille (mars 2017) :

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bitcoin craig wright mensonge ou vérité analyse comportementale 2
Auteur: Othello (admin)
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Cette semaine, l’entrepreneur et informaticien Craig Wright a déclaré à la BBC n’être nulle autre que Satoshi Nakomoto, le pseudonyme utilisé par le créateur même de Bitcoin, la plateforme de monnaie virtuelle et non-étatique lancée en 2008. Devant l’ampleur de l’affaire, Wright a promis de fournir des preuves additionnelles et irréfutables de ses affirmations, avant de se rétracter quelques jours plus tard, affirmant ne pas “avoir le courage” d’aller jusqu’au bout de sa démarche. Imposteur ou victime ? Découvrez notre analyse de l’interview de Craig Wright, que nous avons passée à la moulinette de nos outils de Détection du mensonge.

 

Le 31 octobre 2008, plusieurs chercheurs en cryptographie reçoivent un mail présentant sobrement « un nouveau système de cash électronique dont le fonctionnement dépend uniquement d’un réseau peer-to-peer ». Le mail est accompagné d’une dense notice en pièce jointe. Peu comprendront alors les implications monumentales et la portée véritablement subversive de ce système. L’utilisation d’un réseau peer-to-peer implique la possibilité de décentraliser un service tout en renforçant sa sécurisation.

Le contexte : une révolution initiée sous un mystérieux pseudonyme

Appliqué à une forme de « cash électronique », cela signifie qu’il est désormais possible d’effectuer des transactions monétaires sans partie tierce de confiance. En d’autres termes : libérer la monnaie de l’emprise des Etats et des banques… Une révolution.

Ce nouveau système a un nom : Bitcoin. Et l’expéditeur de ce mail aussi : Satoshi Nakamoto. Une mystérieuse signature qui contribua en partie au succès médiatique et à la légende de Bitcoin. Et qui anima tout autant nombre de journalistes et d’enquêteurs cherchant depuis toutes ces années à trouver l’identité de Satoshi. Qui se cache donc derrière ce pseudonyme ? Un unique individu ? Un groupe ? Qui est le véritable créateur de Bitcoin ? Pourquoi agir dans l’anonymat et la clandestinité ? Que pourrait provoquer la révélation de son identité ?

Des rumeurs grandissantes autour de l’homme d’affaires Craig Wright

En mars 2014, Newsweek pensait avoir identifié un Japonais résidant aux Etats-Unis, nommé Dorian Satoshi Nakamoto, comme étant le fameux Satoshi. Simple homonyme qui s’en défendit, et menaça même d’engager des poursuites contre le magazine. Un an et demi plus tard, fin 2015, ce sont les investigateurs de Wired et Gizmodo qui pensent mettre la main sur le bon Satoshi, de son vrai nom : Craig Steven Wright, un informaticien et homme d’affaires australien. Il aurait collaboré avec deux autres développeurs, Hal Finney et Dave Kleiman, disparus respectivement en 2014 et 2013. Le domicile de Craig Wright, basé à Sydney, aurait été perquisitionné par la police australienne peu de temps après ces révélations. Mais pour un motif tout autre, en rapport avec le fisc. Craig Wright nia ensuite tout lien avec Bitcoin.

L’affaire aurait pu s’arrêter là, et le mystère rester entier. Mais de nouvelles révélations vont être apportées… par Craig Wright lui-même. Le 2 mai 2016, il « avoue » finalement être le Satoshi tant recherché dans un entretien filmé par la BBC.

 

 

Notre analyse comportementale de l’interview de Craig Wright

Suite à cet entretien, la toile se déchaîne : Craig Wright est-il un imposteur, ou véritablement le génial Satoshi Nakamoto ? Si chacun y va de son opinion dans la communauté Bitcoin, c’est essentiellement sur l’aspect technique de la “preuve” apportée par Craig Wright à la BBC, et sur son caractère réfutable, que les analyses se focalisent.

De notre côté, c’est sous un tout autre angle que notre analyse des déclarations de l’informaticien porte. En effet, le comportement même de Craig Wright dans cette interview permettait-il de se faire une idée quant la crédibilité de ses propos ?

Notre avis : l’homme d’affaires laisse échapper au moins 3 signaux faibles du mensonge dans ses déclarations.

Signal n°1 : un temps de réponse long

Si l’on se concentre sur la seule question véritablement critique de l’entretien, posée en tout début d’interview (“Vous allez me montrer que Satoshi Nakamato, c’est vous ?”), que remarque-t-on ?

Tout d’abord, un temps de réponse semblant un peu trop long par rapport à la nature de la question (2 secondes, entre 0:26 et 0:28).

Notons toutefois que ce temps de pause, que nous tendons ici à interpréter comme un signe de réflexion et de charge cognitive, pourrait théoriquement également correspondre à un pur effet rhétorique, volontairement utilisé par Craig Wright pour donner de l’emphase à sa réponse.

Signal n°2 : un clignement d’yeux prolongé

Deuxième élément notable : la présence d’un clignement d’yeux prolongé, d’un peu plus d’une seconde, entre 0:28 et 0:29.

Si la nictation (clignement d’œil) est un processus naturel permettant de répartir l’humidité sur la surface de l’œil, sa durée typique est d’environ 150 millisecondes. Un clignement d’yeux significativement plus long au contraire peut être révélateur d’un effort de réflexion. Par exemple, sur la réponse à apporter à une question.

Dans le cas de Craig Wright, il est d’autant plus probable qu’il s’agisse bien d’un signe de charge cognitive qu’il suit directement un temps de réponse prolongé (signal n°1).

Signal n°3 : une expression faciale de mépris

Dans la foulée, Craig Wright laisse également fuiter un dernier signe au niveau de ses expressions faciales. Plus précisément, la contraction du coin gauche de sa lèvre (correspondant à l’unité d’action 14 du Facial Action Coding System), ici caractéristique d’un sentiment de mépris.

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Interview BBC – Craig Wright montre une expression faciale de mépris à 0:28

 

Craig Wright montre donc dans son comportement 3 points d’attention. Par 3 canaux de communication différents. Le tout, en l’espace de quelques secondes seulement après qu’une question critique lui ait été posée.

De quoi répandre une nouvelle brume de troubles et d’incertitudes…sur la véritable identité du mystérieux Satoshi.

 

Crédits photo et vidéo : Brian Klug ; BBC

Jeudi 3 mars 2016 : le beau-père d’Antoine Dupont, disparu le 28 janvier 2015, est passé aux aveux. Après un an de mensonges, Marc Demeulemeester, qui avait activement participé à la recherche de l’adolescent depuis sa disparition, vient de reconnaître avoir étranglé Antoine Dupont dans son sommeil avec du fil de fer. Avant d’indiquer, aux enquêteurs, la localisation du corps de l’enfant, dans le canal d’Aire.

Plusieurs fois apparu dans les médias dans le cadre d’appels à témoins, la question qui se pose aujourd’hui, comme dans tous les cas similaires où c’est un proche qui est en réalité impliqué dans la disparition d’un enfant, est la suivante : pouvait-on savoir que c’était lui ?

Si suite aux aveux, bon nombre de personnes vont se livrer à de la post-rationalisation (“ça se voyait qu’il mentait, il baissait beaucoup trop les yeux”, “il s’est gratté le nez en disant cela”, etc.), il est tout d’abord essentiel de réaliser que détecter un mensonge est une tâche extrêmement compliquée. Sans entraînement, nous ne sommes ainsi en moyenne que corrects à 54% dans nos jugements pour dire si quelqu’un ment (Bond, Jr. & DePaulo, 2006). Et pour cause : les signaux du mensonge sont généralement faibles et difficiles à détecter (DePaulo et al., 2003). Et ce, d’autant plus quand on ne peut pas interroger soi-même la personne suspectée de mentir, et définir une stratégie d’entretien permettant de se faciliter la tâche.

Dans les quelques rapides déclarations de Marc Demeulemeester, était-il pour autant impossible de douter de la crédibilité du beau-père d’Antoine Dupont ?

Notre avis : il y avait au moins 4 signaux faibles du mensonge dans les déclarations de Marc Demeulemeester.


Interview de Marc Demeulemeester (avril 2015)

1. Une pauvreté des détails sur le contexte de la disparition 

Si Marc Demeulemeester semblait volontiers se présenter devant les journalistes et organiser les campagnes de recherche de l’adolescent, il est notablement plus flou lorsqu’il s’agissait de fournir des détails sur le contexte de la disparition d’Antoine Dupont. Dans son interview d’avril 2015 en effet, qu’apprend-on ? Simplement que l’adolescent “était là”, à son domicile, dans l’après-midi…puis qu’il ne l’était plus.

Ce manque de détails dans ce segment contraste avec le reste de l’interview, où Marc Demeulemeester est sensiblement plus loquace.

2. Des signes d’une activité cognitive sur le contexte de la disparition

Autre élément notable dans ce segment (30 premières secondes de l’interview), Marc Demeulemeester montre de nombreux signes de réflexion. De fait, mentir est une activité cognitive complexe, puisque la personne doit alors à la fois se rappeler de sa version des faits et contrôler son comportement pour transmettre une bonne impression à ses interlocuteurs.

Dans ce segment, l’un des seuls où Marc Demeulemeester est en réalité véritablement en train de mentir dans cette interview, on remarque notamment :
- Des discontinuités dans ses paroles, un certain manque de fluidité
- Un clignement d’yeux particulièrement long, caractéristique d’une charge cognitive, lorsqu’il dit “je ne l’ai pas vu partir” (00:00:16)

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3. Un manque global d’émotions

S’il serait inexact d’affirmer que Marc Demeulemeester ne montre aucune émotion dans ses interviews (il montre notamment sur l’image ci-dessous des signes de la famille d’émotions de la tristesse, dont d’ailleurs le regret fait partie), force est de constater que ces signes d’émotions sont relativement rares et très contenus, compte-tenu de la nature de la situation.

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4. Un langage distancier et un choix de pronom dilutif

- Journaliste (00:01:57) : Vous n’avez aucune idée aujourd’hui d’où est Antoine ?
- Marc Demeulemeesteron n’a aucune idée. Et justement à la fin de cette battue, si on ne trouve rien bah peut-être on ne sait pas où est-ce qu’il est aujourd’hui, mais on sait où est-ce qu’il n’est pas. C’est un petit début de quelque chose. C’est infime, mais quand on n’a rien c’est beaucoup.

Enfin, lorsque Marc Demeulemeester est interrogé personnellement par une journaliste sur sa connaissance du lieu éventuel où Antoine Dupont pourrait se trouver, son beau-père choisit de répondre avec le pronom personnel “on”, qui le dilue au sein du groupe de recherche, plutôt que de répondre personnellement avec le pronom personnel “je” (ex : “Non, je n’en ai aucune idée”).

Ce stratagème linguistique, utilisé par Marc Demeulemeester, lui permet de se distancier psychologiquement de sa victime, et surtout de détourner l’attention de sa personne en la diluant au sein du groupe.

 

 

Crédit photos et vidéo : France 3 Nord-Pas-de-Calais

Références :

Bond, Jr., C., & DePaulo, B. (2006). Accuracy of Deception Judgments: Appendix A. Personality And Social Psychology Review, 10(3). http://dx.doi.org/10.1207/s15327957pspr1003_2a

DePaulo, B., Lindsay, J., Malone, B., Muhlenbruck, L., Charlton, K., & Cooper, H. (2003). Cues to deception. Psychological Bulletin, 129(1), 74-118. http://dx.doi.org/10.1037/0033-2909.129.1.74

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benzema-valbuena
Auteur: Othello (admin)
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Mercredi 2 décembre 2015, TF1 diffusait une interview où Karim Benzema s’exprimait sur son rôle dans l’affaire dite de la “sextape” et le chantage subi par son coéquipier Mathieu Valbuena. Benzema était-il sincère dans ses déclarations ? Notre avis :  les bonnes questions ne lui ont pas été posées. Lire la suite

Des chercheurs de la California State University ont réalisé une étude montrant qu’une personne ment mieux si elle a envie d’uriner. Le cerveau, qui inhibe alors un besoin physique, réalise dans le même temps une inhibition cognitive qui permet de mentir plus efficacement. On parle d’Effet Indirect de l’Inhibition (Inhibitory-Spillover-Effect).

Avoir un besoin urgent d’uriner aiderait à mentir plus efficacement. Les signaux que l’on active malgré soi quand on raconte un mensonge (comme la pauvreté du récit), seraient moins bien décelables si dans le même temps on a une envie pressante d’uriner. L’étude menée par une équipe de chercheurs américains de la California State University, est arrivée à la conclusion suivante : le comportement que le cerveau adopte lorsqu’il maîtrise la vessie influe sur la capacité à contrôler dans le même temps un tout autre domaine, celui de mentir efficacement. Ce lien qui existe entre ces deux actions si différentes s’appelle l’ISE, l’ « Inhibitory-Spillover-Effect » (l’Effet Indirect de l’Inhibition). En l’occurrence, réprimer son envie d’uriner améliore simultanément sa « capacité à inhiber notre tendance naturelle à dire la vérité ». Lire la suite

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Faux Avis
Auteur: Othello (admin)
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Que ce soit sur Tripadvisor, Amazon, ou encore Yelp, les faux commentaires sont partout. Et pour cause : selon une étude publiée sur le site de la Harvard Business School, une augmentation d’une étoile de la note d’un restaurant sur Yelp mènerait à une augmentation de 5% à 9% de ses revenus.

Souvent difficiles à repérer, ces faux commentaires encensent un restaurant, critiquent un produit ou renvoient plus ou moins subtilement vers un site en quête de visibilité (nous avons d’ailleurs décliné cette semaine même une proposition d’insertion de lien dans l’un de nos articles contre rémunération par une agence de webmarketing).

Si la pratique est illégale en France, elle atteint pourtant des records ces dernières années : 45% d’« anomalies » en matière d’avis de consommateurs ont ainsi été repérées par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) en 2013. Et avec l’abondance de ces faux commentaires, c’est tout le système de recommandation des sites qui s’effondre.

Dès lors, peut-on repérer ces faux avis de manière fiable ? Si oui, comment les détecter précisément ? Lire la suite

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ET-Rosswell
Auteur: Othello (admin)
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Article initialement publié sur le site Othello.

Depuis ses premières déclarations publiques sur le sujet en 2005, Paul Hellyer, 91 ans, n’a eu de cesse de répéter son message : oui les extraterrestres existent, oui les extraterrestres sont déjà parmi nous, et le gouvernement américain travaille avec eux depuis plus de 60 ans.

Dans ses révélations en date de mai 2015 par le biais d’une vidéo, Paul Hellyer a créé un véritable buzz sur la toile : “Nous n’avons plus que quelques mois” affirme-t-il, tout en dénonçant dans la foulée le rôle de la “money mafia” et des lobbys dirigeant nos sociétés.

Mais pourquoi diantre s’attarder sur de telles déclarations, qui ne sont en soi pas une première dans la rubrique phénomènes paranormaux ? Tout simplement parce qu’elles sont soutenues par un ancien ministre canadien (1963-1967), de la Défense qui plus est. Ce qui fait de lui l’officiel le plus haut gradé soutenant l’existence d’extraterrestres.

Dans cet article, nous avons choisi d’analyser une courte vidéo (10 minutes) de Paul Hellyer datant de 2013, et abordant spécifiquement la question de l’existence des aliens. Nous avons entre autres analysé ces déclarations sur la base de 19 critères verbaux, les dénommés critères « CBCA » (Criteria Based Content Analysis). Ces critères ont été développés dans les années 1960 par des psychologues allemands pour aider les juges à évaluer la crédibilité de récits dans des procès en situation de parole contre parole. Les recherches en psychologie du mensonge ont montré que ces critères permettaient de discriminer de manière fiable les récits véritablement vécus vs. inventés. Plus ces critères sont présents dans un récit, plus celui-ci sera jugé crédible (ex : quantité de détails, reproduction de conversations, etc.). Nous avons ainsi adopté une démarche en deux temps : codage de la présence de certains critères (verbaux, non-verbaux), puis évaluation de la crédibilité du témoignage sur base de ces critères.

Notre but : évaluer la crédibilité des déclarations de Paul Hellyer d’une part, déterminer si l’expérience qu’il décrit a des chances de correspondre à un événement réellement vécu par lui d’autre part, et le cas échéant s’il s’agit d’un vrai souvenir.

Il est toujours déconseillé d’analyser un récit trop souvent répété ou trop éloigné dans le temps des événements décrits, qui plus est sur base d’une vidéo dont des passages ont été coupés au montage. Malgré cela, cette courte vidéo soulève un nombre conséquent de remarques immédiates quant à la crédibilité des affirmations de l’ancien ministre :

1. Pauvreté des détails fournis.

La quantité de détails fournie est l’un des critères les plus importants pour évaluer la crédibilité d’un récit. La présence de détails inattendus est également un critère d’analyse important en CBCA. Aucun de ces critères verbaux ne peut être considéré comme présent dans les déclarations de Hellyer dans cette vidéo, tant les descriptions données sont peu détaillées et stéréotypées dans les parties critiques de son récit.

Exemples :

  • - Description des formes d’extraterrestres : il y aurait les “petits gris”, les “grands gris”, les “mantes religieuses” et les “blonds nordiques”. Nous n’en aurons pas de description plus détaillée sur toute la vidéo, et pour cause : à aucun moment Paul Hellyer ne prétend les avoir vus lui-même. Il fait au contraire état de “rapports” sur ces extraterrestres. Il s’agit donc de descriptions indirectes, expliquant la pauvreté des détails fournis.
  • - Référence aux exemples connus d’interventions d’extraterrestres sur Terre : “Il y a eu la fois dans l’Ouest des Etats-Unis où un OVNI observait des missiles balistiques intercontinentaux et les a mis hors-service”. Encore une fois, Paul Hellyer fait une révélation de première importance, mais très peu étayée : en quelle année l’événement a-t-il eu lieu ? Au-dessus de quelle ville ?

2. Rigidité du récit.

La présence de reproductions de conversations est un autre indice de crédibilité en analyse CBCA. Comme pour la quantité de détails d’un récit, plus nombreuses sont ces reproductions, plus le témoignage est jugé crédible.

Bien que nous ayons une reproduction de conversation sur un élément critique des affirmations faites par l’ancien ministre (“Tous les mots que tu as lus sont vrais et bien plus encore”), une certaine rigidité du récit est à noter dans ce témoignage. En effet, “le” général à l’origine de cette affirmation aurait répété exactement la même phrase, mot pour mot, mais en deux circonstances différentes (une fois avec Paul Hellyer, une autre avec son neveu).

En codage CBCA, rappelons enfin que la phrase “Il a dit : ‘Tous les mots que tu as lu sont vrais et bien plus encore’” compte comme une reproduction de conversation ; mais pas la tournure indirecte “il m’a dit qu’en fait il avait eu des rencontres en personne”.

3. Usage d’expressions de doute.

Sur certains passages, Paul Hellyer utilise, sans s’en rendre compte, des tournures de phrases exprimant un doute sur ses propres affirmations. Il utilise également des qualificatifs, qui sont des mots censés renforcer ses propos mais qui en termes de crédibilité les fragilisent en réalité.

Exemples :

  • - “[Les extraterrestres sont toujours en avance sur nous] j’imagine, vraisemblablement, en technologie”
  • - “Il est évident que le gouvernement américain a pris toute cette idée de technologie avancée très sérieusement”
  • - Journaliste : “Selon vous, de quelles technologies êtes-vous sûr qu’elles nous ont été fournies par des extraterrestres ?”. Paul Hellyer : “Fibre optique, puces électroniques, kevlar, lasers améliorés et tout un tas de trucs où leur technologie était bien plus avancée que la nôtre. A des années-lumière, vraiment, je pense”

4. Origine des croyances de Paul Hellyer.

Un autre aspect fondamental est de nature à remettre en question la crédibilité des affirmations de Paul Hellyer : l’origine de ses croyances en l’existence des extraterrestres.

Si ses convictions semblent être des certitudes, il est à noter qu’elles précèdent sa première expérience paranormale en personne. Dans cette vidéo, ses convictions semblent uniquement provenir de deux sources initialement :

  • - La lecture du livre The Day After Roswell
  • - Puis sa conversation avec “un” ancien général de l’armée de l’air américaine (sur lequel nous n’avons à nouveau pas plus de détails)

Il semblerait donc que sur base de ces deux éléments uniquement, Paul Hellyer ait pris la décision de faire des déclarations publiques sur l’existence d’extraterrestres.

Dans cette vidéo, toutes les autres affirmations ont ainsi été faites par l’ancien ministre sans aucune justification (ex : “il y a eu beaucoup de visites sur Terre, sans doute depuis des milliers d’années”, “ils ont peur qu’on fasse exploser notre planète”, “ils ont répertorié toutes les bases”). Il ne semble pas non plus émettre de quelconque réserve sur les “dizaines d’emails” qu’il aurait reçus suite à ses déclarations publiques.

Enfin, il est important de relever que ses convictions en l’existence d’extraterrestres sont nées après la période où il était à la tête du ministère de la Défense canadien. Ses croyances n’ont donc aucun rapport avec des informations confidentielles auxquelles il aurait eu accès par son statut.

5. Timing de la première expérience extraterrestre.

La date de la première expérience extraterrestre de l’ancien ministre soulève également un certain nombre de questions.

“L’un des problèmes que j’ai eus quand j’ai fait mes premières déclarations publiques c’est que les journalistes me disaient : “Vous en avez déjà vus ?”. Et je disais “non”. Alors ils me disaient : “On ne peut pas vous prendre au sérieux alors.”

En résumé sa première expérience survient

    1) après que sa conviction ait été forgée
    2) déclarée en public
    3) que des journalistes lui aient dit que ses déclarations ne pouvaient être prises au sérieux tant qu’il n’avait pas vécu de rencontre lui-même

6. Description de l’expérience de Paul Hellyer.

“Ma première observation, j’étais chez moi à Muskoka, il a quelques années pour Thanksgiving. Ma femme Sandra me dit : “je vais regarder les étoiles dehors”. Il y avait cette étoile très très brillante, juste de l’autre côté de la baie. On l’a tous les deux regardée, et d’un coup on l’a vu changer de position dans le ciel, de 3 ou 4 degrés, en 3 ou 4 secondes. Les étoiles, les satellites et les avions ne font pas ça. Ils ne le peuvent pas. C’était une expérience incroyablement intéressante. Et qui a bien entendu confirmé ma croyance en leur existence.”

La description de cette expérience, vécue en personne par Paul Hellyer, correspond au récit le plus détaillé de toute l’interview. On y trouve notamment :

  • - Des détails spatiaux : “déviation de 3 ou 4 degrés”, “de l’autre côté de la baie”
  • - Des détails temporels : “en 3 ou 4 secondes”, “pour Thanksgiving”
  • - Des détails visuels : “chez moi à Muskoka”, “cette étoile très très brillante”
  • - Des reproductions de conversations (avec présence d’un témoin) : “ma femme Sandra me dit : ‘je vais regarder les étoiles dehors’”
  • - Des descriptions d’interactions : “On l’a tous les deux regardée”

Ce n’est pas étonnant, dans la mesure où le récit d’un événement véritablement vécu est toujours plus détaillé que des récits d’événements rapportés. Bien que cette description soit assez peu riche en détails dans l’absolu, le fait qu’elle en contienne davantage que toutes les autres crédibilise le fait qu’elle soit véritablement survenue. D’autant que Paul Hellyer accompagne cette description de nombreux illustrateurs, qui sont des gestes n’ayant pas de sens en soi mais qui sont plus présents dans des descriptions de faits véritablement vécus (par exemple, le fait de pointer du doigt vers une direction en racontant un événement).

En supposant donc que le récit corresponde bien à un événement vraiment expérimenté par Paul Hellyer, il resterait donc à déterminer l’essentiel : s’agissait-il d’un vrai OVNI, ou d’un phénomène naturel mal interprété ?

On remarquera tout d’abord l’utilisation des mêmes chiffres pour les descriptions spatiales et temporelles (3 ou 4 degrés / 3 ou 4 secondes), dont la coïncidence peut être questionnée. On regrettera également le flou de la description sur la date de l’événement (“il y a quelques années”), rendant sa vérification et la recherche de phénomènes naturels concordants infaisable.

Notons également qu’à aucun moment Paul Hellyer n’affirme explicitement avoir vu d’OVNI dans son récit : il parle ainsi d’une “étoile” très très brillante. Pas d’un OVNI.

Par ailleurs, l’emploi même du terme croyance (“C’était une expérience [...] qui a confirmé ma croyance en leur existence”), est également intéressant. Paul Hellyer a déclaré publiquement que les extraterrestres existent, dès 2005. Qu’il en avait la preuve. Avant même d’en avoir vu lui-même. Il est donc aussi surprenant que Paul Hellyer parle de croyance que d’entendre quelqu’un dire qu’un événement aurait confirmé sa croyance dans le fait que la Terre soit ronde.

Enfin, d’un point de vue non-verbal, Paul Hellyer affiche de subtils sourires lorsqu’il décrit son expérience (lorsqu’il dit “C’était une expérience incroyablement intéressante”). Comme une fierté d’avoir expérimenté par lui-même un tel événement. D’en savoir plus.

Les pièges des biais de confirmation

Si nous devions formuler une évaluation de crédibilité sur base de cette vidéo uniquement, nous pencherions donc pour dire que Paul Hellyer :

  • - a véritablement vécu le phénomène qu’il décrit (vision d’une étoile très brillante)
  • - est véritablement convaincu qu’il a eu affaire à des extraterrestres
  • - qu’il s’agit en réalité d’un biais de confirmation, tant le fait d’avoir effectué de nombreuses déclarations publiques est engageant psychologiquement, et le pousse à interpréter toute nouvelle information de manière à ce qu’elle confirme ses croyances antérieures

Cette vidéo ne prouve donc aucunement l’existence des extraterrestres. Elle prouve seulement que de telles croyances peuvent exister à tous les échelons du pouvoir.

CC. Crédit photo : InSapphoWeTrust

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Robots_Emotions
Auteur: Othello (admin)
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“Pepper comprend nos principales émotions : la joie, la tristesse, l’énervement, la surprise, la neutralité. Il peut déterminer le sexe et l’âge d’une personne [...] et suivre 70 % d’une conversation. En analysant nos expressions faciales, notre vocabulaire et notre langage corporel, il devine dans quelle humeur vous êtes pour adapter son comportement” annonce Bruno Maisonnier, président de la start-up française Aldebaran à l’origine de ce robot intelligent.

Semblant tout droit sorti d’un film de science-fiction, Pepper serait ainsi capable de lire et d’interpréter en temps réel nos émotions pour mieux interagir avec ses utilisateurs. A la façon d’un humain.

“Si vous froncez vos sourcils, il comprend que quelque chose vous tracasse et peut par exemple vous remonter le moral en jouant un morceau que vous aimez” ajoute le président d’Aldebaran.

Assistons-nous au début d’une véritable révolution technologique comparable à la naissance du PC ? C’est en tout cas ce que pense Masayoshi Son, PDG de Softbank, opérateur mobile japonais et principal actionnaire d’Aldebaran depuis 2012. Pour encourager la diffusion de Pepper dans les foyers, SoftBank prévoit d’ailleurs une commercialisation de Pepper au prix de seulement 1400 euros. Les premiers exemplaires seront mis en vente dès fin février au Japon.

Surpasser les capacités humaines ?

Conçu avec un visage, une taille et une force d’enfant pour paraître le plus bienveillant possible, Pepper (et ses concurrents à venir) soulèvent malgré tout certaines interrogations.

S’il est aujourd’hui, d’après ces concepteurs mêmes, loin d’être parfait, Pepper va progressivement améliorer sa capacité à détecter nos émotions. Même les plus intimes.

Depuis les années 1970 et notamment les travaux du psychologue Paul Ekman, on sait en effet “coder” toutes les expressions du visage humain grâce à un système appelé le “Facial Action Coding System” (ou F.A.C.S).

Ce système a ainsi permis de déterminer le nombre de mimiques différentes que sont capables de produire nos 43 muscles faciaux. Il y en a 10 000, et si la plupart sont des grimaces, 3000 combinaisons ont en revanche un sens. Et la plupart des gens ne sont capables d’en distinguer qu’une infime partie.

Les logiciels et robots du futur feront-ils mieux ? Si la poignée d’entreprises qui se sont lancées dans la reconnaissance automatique des émotions savent toutes plus ou moins bien identifier les principales expressions faciales, leurs performances sont encore loin d’égaler celle des experts humains. Les machines font souvent preuve d’une incapacité à détecter les émotions sur des visages ne leur faisant pas directement face, ou sur des visages mal éclairés. Il peut aussi s’agir tout simplement d’une divergence entre codages automatiques et codages manuels de référence. Autant d’exemples d’imperfections que nombre de logiciels récents possèdent encore. A ce stade.

Qu’en sera-t-il lorsque ces logiciels atteindront – voire surpasseront – les capacités humaines ?

Certains logiciels proposent déjà des analyses des “micro-expressions” d’émotions, qui sont des expressions de moins d’une seconde sur le visage. Et certains marketeurs se voient déjà sonder dans les rayons des magasins l’appétence des consommateurs pour tel ou tel produit…sans même avoir à les interroger.

Crédit photo : Jill Giardino

Copyright 2012