Détection du mensonge: mythes et réalité

Savoir quand quelqu’un ment, c’est facile non ? Tout le monde le sait bien, les menteurs ne peuvent pas vous regarder dans les yeux, ou bien ils regardent « en haut à droite » lorsqu’ils sont en train d’imaginer le mensonge qu’ils vont vous servir.
D’ailleurs, vous arrivez assez facilement à voir quand quelqu’un vous ment, mais vous vous considérez vous-même comme un assez mauvais menteur, non ?

Dans ce dossier, sans doute l’un des plus incontournables pour qui veut apprendre à détecter les mensonges, nous allons aborder les mythes et la réalité sur le mensonge et ses symptômes.

« Les menteurs détournent le regard », ou le plus grand mythe sur le mensonge

Sur quoi fondez-vous votre jugement pour dire que quelqu’un ment ?

Cette question a été posée dans une étude internationale menée par Charles Bond et examinant les réponses données dans 58 pays différents [1].
Résultat : le critère n° 1, donné dans 51 pays sur 58 et par environ 65% des participants est bien sûr le fait de « détourner le regard ».

Sont également couramment mentionnés:
- Beaucoup de mouvements du corps (bras, jambes, changement de position)
- Le fait de cligner des yeux
- Les gestes d’auto-contact (se gratter le nez, se toucher le visage, etc)
- Les hésitations, la fréquence des pauses
- Une moindre plausibilité des réponses

Alors, de ces croyances partagées, qu’en est-il vraiment ?
Réalité sur la détection du mensonge

Le tableau suivant reprend les critères mentionnés précédemment et leur véritable relation au mensonge :

Critère
Croyance
Réalité
Regard fuyant
+
/
Gestes d’auto-contact
+
/
Mouvements corporels
+
-
Clignement des yeux
+
/
Hésitations, fréquence des pauses
+
/
Plausibilité des réponses
-
-

Le signe « + » signifie que le critère est plus présent chez les menteurs, le signe « – » que le signal est moins présent chez les menteurs que ceux qui disent la vérité. Le signe « / » indique qu’il n’y a pas de relation dans un sens ou dans l’autre entre le critère et le mensonge.

Comme on peut le constater, nos jugements reposent essentiellement sur des signes de nervosité, qui se révèlent majoritairement non fiables.

Dès lors, on peut s’interroger sur notre véritable capacité à détecter le mensonge.

Détecter le mensonge, ou jouer à « pile ou face » ?

De nombreuses études se sont intéressées à la capacité de différents groupes d’individus à détecter le mensonge ([2][3][4]). Et le résultat est sans équivoque : 55% de bonnes réponses en moyenne !

Autrement dit, cela revient à choisir « au pif » si quelqu’un ment ou dit la vérité, ou encore à jouer à « pile ou face ».

Pas de quoi rougir cependant, puisque cette tendance se généralise à travers les différents groupes étudiés : policiers, juges, détectives, etc. ne font pas mieux !
Une différence toutefois : ces groupes ont davantage confiance en leur jugement…

Seul un groupe, celui des agents secrets, semblerait se démarquer du lot, et attendrait un taux de bonne classification compris entre 65 et 75% ([5]).

Conclusion

Détecter le mensonge est une tâche difficile, et il n’existe pas de signal si fiable qu’il n’apparaisse que chez les menteurs et quel que soit le type mensonge.
En d’autres termes: il n’existe pas de signal comparable au nez de Pinocchio, qui grandissait chaque fois qu’il disait un mensonge.
Alors un conseil pour améliorer votre capacité à détecter le mensonge : commencez par ne pas vous fier aux signes de nervosité !

Références

[1] The Global Deception Team (2006). A world of lies. Journal of Cross-Cultural Psychology, 37, 60–74.
[2] Vrij & van Wijngaarden (1994)
[3] Talwar, Lee, Bala, & Lindsay (2006)
[4] Larochette, Chambers, & Craig (2006)
[5] Ekman & O’Sullivan (1991)

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