Interview: Dr. David Matsumoto, expert en communication non-verbale – Partie I

16 juin / Interview: Dr. David Matsumoto, expert en communication non-verbale – Partie I

Auteur: Othello (admin)
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En exclusivité pour notre blog, nous avons interviewé le Docteur Matsumoto, expert mondial de la communication non-verbale et du mensonge. Vous pouvez écouter cette interview en anglais directement sur la vidéo, ou lire la traduction en français ci-dessous :

Transcript :

Othello : Aujourd’hui j’ai le plaisir d’interviewer Docteur Matsumoto, fondateur de Humintell et chercheur reconnu dans le domaine de la communication non-verbale. Docteur Matsumoto, bienvenu !

David Matsumoto : Un grand merci de me recevoir !

Othello : Merci Dr. Matsumoto. Voici ma première question : qu’est-ce t’a initialement conduit dans le domaine ?

David Matsumoto : (Rires) Eh bien, c’était il y a bien longtemps. Lorsque j’étais encore étudiant à l’université du Michigan à la fin des années 1970, il y a plus de trente ans, on m’a demandé de faire un projet de recherche dans le cadre de mes études universitaires. Et j’ai dit “bien sûr, qu’est ce que je dois faire ?”, et mon superviseur m’a dirigé vers quelqu’un qui pouvait m’aider, et qui m’a demandé ce qui m’intéressait. A l’époque, il s’avérait que je m’intéressais à la façon dont les enfants, et en particulier les plus jeunes, pouvaient comprendre ce que leurs mères et les autres adultes autour d’eux pensaient et ressentaient, bien qu’ils ne comprenaient pas encore le sens des mots. Tout ceci m’a conduit à faire une petite étude quand j’étais jeune étudiant sur la perception chez les enfants des émotions transmises par des signaux non-verbaux vocaux. Et comme il s’avérait que je pratiquais également le judo, j’étais au Japon entre ma deuxième et troisième année d’université, et j’ai collecté des données au Japon également pour mon projet. J’ai ainsi pu mener une comparaison interculturelle sur ce sujet.

Othello : Waou

David Matsumoto : Cela m’a en quelque sorte lancé dans le domaine, et après ça, j’ai simplement continué à creuser, creuser, creuser… et nous y voilà, 30 ans plus tard !

Othello : Donc tu as vraiment débuté par le non-verbal.

David Matsumoto : Oui, je ne m’intéressais pas particulièrement à la détection du mensonge à l’époque, je m’intéressais juste aux comportements non-verbaux et comment nous les produisons en général.

Othello : OK, et qu’est-ce qui t’a amené au domaine du mensonge en général ?

David Matsumoto : Eh bien, le mensonge est un sujet incroyablement intéressant, et chaque fois que tu étudies les expressions en général, ce que tu découvres c’est que les gens font tout un tas de choses pour moduler ou modifier leurs expressions selon le contexte social. Et cela devient immédiatement un sujet très large et intéressant à étudier. Et, tu sais, on pourrait dire que rien que cela est une forme de “tromperie” sociale. Si tu étudies les modifications des émotions et des expressions, certains pourraient déjà dire que tu étudies la tromperie. Je pense qu’il y a beaucoup de vrai là-dedans. Et je pense qu’il y a une différence entre la tromperie et le mensonge, et qu’il n’y a qu’un petit pas à franchir pour passer de l’étude de la tromperie à l’étude du mensonge.

Othello : Quelle est selon toi la différence entre la tromperie et le mensonge ?

David Matsumoto : La tromperie inclut selon moi des comportements produits afin d’induire en erreur ou de fourvoyer quelqu’un, que ces comportements soient intentionnels, conscients ou non. Donc par exemple, si nous apprenons tous depuis notre enfance à masquer nos mauvais sentiments envers notre vieille tante qui nous a offert un cadeau que nous n’aimons pas…

Othello: (Rires)

David Matsumoto: …Ce qui est poli, eh bien c’est une forme de tromperie. De la même façon, certains animaux changent de couleur selon les environnements, et ce changement de couleur a pour but de tromper d’autres animaux, parce qu’ils en sont les proies. C’est également une forme de tromperie. Mais tout cela est différent d’un acte intentionnel, ou d’un comportement intentionnel, ayant pour but de tromper quelqu’un sans notification préalable. Et c’est je pense ce qu’est le mensonge. Je pense que le mensonge est un acte intentionnel de tromper les autres sans leur dire que vous allez le faire préalablement. Donc il y a une grande différence entre la tromperie et le mensonge, et si je reviens à ta question initiale, je pense qu’étudier les expressions et leurs modifications dans la vie sociale revient à étudier une forme de tromperie. Toutefois…étudier le mensonge est quelque chose de légèrement différent à cause de cette différence dans ma définition de ce qu’est le mensonge.

Othello : Nous avons évoqué le cas des enfants, quand penses-tu que les enfants commencent à mentir ou tromper ?

David Matsumoto : En ce qui concerne la tromperie, on pourrait dire que lorsqu’un enfant fait semblant de pleurer pour attirer l’attention de sa mère alors qu’il n’a pas vraiment faim, on pourrait déjà dire que c’est une forme de tromperie n’est-ce pas ?

Othello : Tout à fait… donc ça peut commencer très jeune.

David Matsumoto : Cela renvoie à votre définition de la tromperie, et si on prend notre définition précédente alors sans aucun doute les enfants commencent à tromper les autres très tôt. Néanmoins…je ne suis pas sûr, et je ne suis pas un expert de la littérature sur le mensonge chez les enfants, mais il me semble que des études ont montré que les enfants, dès l’âge de 3 ou 4 ans, commençaient à mentir délibérément aux autres.

Othello : J’ai une deuxième question, qui concerne les microexpressions.

David Matsumoto : Bien sûr

Othello : Elles ont été largement popularisées par la série TV “Lie to Me”, dont je suis sûr que l’on te parle tout le temps. Pourrais-tu nous dire ce que sont les microexpressions, et ton opinion sur la façon dont la série TV les a utilisées ?

David Matsumoto : OK, tout d’abord la définition des microexpressions. Les microexpressions sont des expressions faciales d’émotions brèves, involontaires, inconscientes, incontrôlables et qui sont des signes d’émotions qu’une personne cherche à cacher ou dissimuler. C’est une catégorie de ce que nous appelons les “fuites non-verbales”. Elles diffèrent des expressions faciales courantes par leur grande rapidité, et parce qu’elles se produisent inconsciemment. La plupart des gens ne les voient pas quand elles se produisent, les personnes qui les produisent ne se rendent certainement pas compte qu’elles sont en train de les produire non plus, et la plupart d’entre nous ne les reconnaissons pas même si on voit que quelque chose est en train de se passer. Voilà ce qu’est une microexpression. Maintenant, Lie to Me, tu sais, était une superbe série pour son aspect dramatique et pour sa mise en scène de la science. Mais sans doute la façon dont elle a mis en scène le pouvoir des microexpressions, des comportements non-verbaux en général, et des comportements non-verbaux corrélés au mensonge ou à la tromperie étaient en réalité, comme nous le savons tous, embellie en grande partie, en particulier au fur et à mesure des saisons. Et elle était embellie pour une bonne raison, tu sais, pour être divertissante, donc sur son aspect dramatique la série était géniale, et sur la façon dont la science était mise en avant c’était génial. Mais d’un autre côté, si le spectateur prenait le contenu de la série trop au sérieux, ce n’était peut-être pas une si bonne idée.

Othello : A ce propos, il y a de nombreux mythes à propos de la manière dont un menteur se comporte, et à quoi le mensonge ressemble. Pourrais-tu nous parler des mythes les plus répandus ?

David Matsumoto: Bien sûr, je pense que LE mythe le plus répandu est que, quand les gens mentent, ils évitent de te regarder. Et en fait, “détourner le regard” est généralement considéré comme un signe de mensonge. Ce mythe, ou cette croyance, est en réalité répandue chez de nombreuses personnes dans le monde entier, dans plusieurs cultures.

Othello: Et même chez les professionnels.

David Matsumoto: Oh oui, chez de nombreux professionnels. J’en rencontre presque tous les jours dans ma vie professionnelle qui croient cela, que ce soit lors de consultations, de formations, ou de travaux de recherche. Et tu sais, dans la littérature scientifique, il y a eu de nombreuses études qui ont essayé de tester cette hypothèse selon laquelle “détourner le regard” était un signe fiable de mensonge, mais la plupart des études qui l’ont testé ne soutiennent pas cette hypothèse. Et en fait, une étude récente publiée il y a 1 an ou 2 environ a montré que parce que les menteurs connaissent ce mythe, quand ils mentent, ils regardent en réalité la personne davantage lorsqu’ils répondent à ses questions.

Othello : C’est une contre-stratégie.

David Matsumoto : Oui, oui, ils essayent de compenser, par rapport à ce mythe.

Othello: C’est intéressant, et parfois, tu sais, tu entends une théorie plus élaborée à propos de la direction du regard. Selon que tu regardes à droite ou à gauche, ça aurait différentes significations. Est-ce que c’est un mythe également ?

David Matsumoto : Oui. En tant qu’indicateur fiable du mensonge, oui, il n’y a aucune donnée pour soutenir cela. Il y a beaucoup de données qui soutiennent le fait que détourner le regard est un signe d’une plus grande activité cognitive, ou de recherches mentales, mais ça c’est ok tu sais, ça fait sens. Mais des les appeler des indicateurs de mensonge est je pense un peu tiré par les cheveux.

Othello : Ok, ok. Nous venons de parler de travaux de recherche, et du fait qu’ils peuvent prouver que certains signes du mensonge sont fiables. Si on en revient aux microexpressions, pourrais-tu nous parler des preuves scientifiques qui existent et qui montrent le lien entre les microexpressions et la capacité à détecter le mensonge ?

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Suite de l’interview très prochainement sur le blog, restez connectés !

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